Histoire de vauriens

Le sujet

Pierre, Paul et Jacques (PPJ en bref) sont 3 personnes qui travaillent en maintenance. Suite à plan social décidé au niveau du Groupe et qui affecte leur usine, ils décident tous les 3 de bénéficier du plan de départ. Cela occasionne une perte de compétences importantes et aucun n’accepte de rester plus longtemps pour former des remplaçants.

Les questions

Pourquoi ces personnes décident-elles de partir au plus tôt et de ne pas former de remplaçants ?

Pourquoi cela génère-t-il une perte importante de compétences ?

Que s’est-il passé dans l’entreprise pour que cela se passe ainsi ?

L’Histoire

L’usine dans laquelle travaillent PPJ fonctionne en feux continus. Elle faisait partie d’un groupe industriel de taille moyenne qui a eu quelques difficultés financières. Cela conduit à son rachat par un groupe plus gros et intéressé par cette activité.

Afin d’améliorer rapidement les résultats, le Groupe prévoit un plan de restructuration et notamment de réduction d’effectif. Les résultats doivent être rapides pour rassurer les investisseurs qui ont plutôt réagit négativement à ce rachat. Cela conduit à des conditions de départ attractives et avec des délais de sortie de l’entreprise courts.

PPJ travaillent tous les 3 en maintenance. Ils travaillent en poste depuis de nombreuses années. Ils se croisent aux relèves mais ne se connaissent pas vraiment. Sans se concerter, ils décident de profiter de la prime de départ en pré-retraite comme le leur permet les accords passés.

Pour Pierre, le travail posté avait permis d’avoir un meilleur salaire et plus de temps disponible pour sa vie personnelle. Au bout de 20 ans, il avait demandé à pouvoir changer de fonction et de travailler en journée. Cette demande n’avait jamais abouti et il avait fini par se résigner en comptant le nombre d’années qu’il restait avant la retraite.

Paul était arrivé à la maintenance un peu par hasard. Etant jeune, il avait cherché du travail dans la région. Ce travail s’était présenté, il l’avait pris. Il s’était alors trouvé une véritable attirance pour l’électronique. Il avait demandé à plusieurs reprises de pouvoir suivre une formation dans ce domaine. Sans suite à ses demandes, il n’avait pas osé prendre le risque de démissionner pour réaliser son envie. Et puis, il faisait quand même régulièrement des choses intéressantes.

Jacques avait clairement choisi ce métier, il adorait trouver des améliorations pour faciliter le travail ou améliorer les performances. En plus, il appréciait particulièrement de travailler en autonomie. Petit à petit, il était devenu de moins en moins force de proposition. Ses idées, ses demandes restaient soit sans effet ou trainaient en longueur voire étaient récupérées comme étant les idées de quelqu’un d’autre. Il se contentait désormais de faire ce qui était à sa portée sans plus rien demander.

La priorité donnée au dépannage avec ce que cela représente comme irrégularités dans la charge de travail est une des caractéristiques du poste de PPJ. Les périodes a faible charge étaient celles qui étaient le plus gardées en mémoire par le management. Au fil des années des tâches de fond comme de la maintenance préventive leur avaient été confiées. Les interruptions pour interventions compliquaient le suivi du préventif.

Cet ajout de travail ne dérangeait personne car ils en comprenaient l’intérêt pour l’entreprise. Le point gênant était de reporter dans le système de maintenance leur activité dans le détail. D’une part cela prenait du temps et d’autre part ces rapports étaient utilisés pour leur demander des comptes sur leur façon d’occuper leur temps de travail. L’impression de manque de confiance s’ajoutait pour tous aux éléments propres à chacun.

La capacité a établir un diagnostic rapide de la panne représente une qualité importante d’un posté en maintenance. Compte tenu de leur intervention sur l’ensemble de l’usine, les matériels concernés étaient nombreux et différents. Les pannes rencontrées étaient souvent inédites et le diagnostic était finalement plutôt complexe. L’expérience permettait de trouver plus rapidement les actions adaptées. Le départ de PPJ signifiait la perte des 3 postés sur les 5 personnes qui avaient ce type de compétences. Les délais courts et le refus de rester empêchait de pouvoir former des remplaçants. D’ailleurs les candidats ne se bousculaient pas pour ce poste.

Habituellement, les postés de maintenance sont plutôt indépendants et un peu ronchons quand ils sont sollicités sur autre chose que les dépannages. Ils ressentaient l’image négative qui leur collait à la peau notamment due aux périodes avec peu de pannes qui faisait penser qu’ils travaillaient peu, aux pannes complexes qui les faisaient paraître parfois comme manquant de compétences.

Certains dépannages nécessitaient d’appeler du renfort. Dans ces cas là, la responsabilité  de l’intervention était alors confiée à une personne de jour qui suivait le problème jusqu’à sa résolution. C’était tout à fait compréhensible du point de vue efficacité pour l’entreprise et en même temps cela privait les postés d’une possibilité de succès.

Au fur et à mesure des années, grâce notamment à la maintenance préventive, les équipements étaient devenus plus fiables. En absence de pannes, les postés maintenance avaient un rôle peu visible et c’étaient un peu comme si eux-mêmes disparaissaient. Cette invisibilité réduisait directement leur valeur à leurs propres yeux

C’est l’ensemble de ces points qui conduisirent Pierre, Paul et Jacques à choisir le départ avec le PSE.

Ils étaient bien conscients tous les 3 des conséquences potentielles pour l’entreprise de leur départ simultané et rapide. Peut être auraient ils accepté de rester un peu plus longtemps si leur manager avait agit différemment. Il les avaient convoqués et les avaient quasiment accusé de manquer de reconnaissance vis à vis de l’entreprise,… Bref PPJ s’étaient sentis pris de haut. Ils sentaient que leur manager essayaient de les culpabiliser et ne tenait aucunement compte du sentiment d’abandon dans lequel chacun se sentait. Pendant des années, PPJ avaient l’impression de compter pour quantité négligeable et là leur chef venait leur faire la morale. Non décidément, ils ne feraient pas une minute de plus que nécessaire !

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4 réflexions au sujet de « Histoire de vauriens »

  1. Toujours aussi pertinent j’€™espère que les lecteurs apprécieront cela à sa juste valeur. Bon week-end

    XFLAMENT LV 30092014

  2. Que s’est-il passé dans l’entreprise pour que cela se passe ainsi ?

    Comme « ils se croisent aux relèves mais ne se connaissent pas vraiment » PPJ sont membres d’une sorte de multitude dispersée, cyber anthropologiquement et socialement peu liée, donc la personne morale, l’usine, que PPJ expriment n’est que peu vivante, à peu d’esprit de corps, n’est que peu cohérente, n’est que peu dynamique, dans leur dégénéré voisinage, leur groupe industriel, racheté par un plus gros, intéressé que par la possession de l’outil de production.

    On peut penser qu’aucun acte authentique national, « révélateurs » de la santé de l’usine, « fixateurs » pour borner, établir en droit la légitimité du pouvoir de l’usine, « symboles » de l’autorité souveraine de l’usine équitable chez soi, « freins » des excès des despotes comme de l’abus de l’administration et de la pente à dégénérer l’usine, a été produit.

    • Bonjour,

      L’entreprise n’a pas connu d’événements particulier. Globalement la situation serait plutôt le résultat de la routine.

      Merci pour votre commentaire

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